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Message du Liban
CONTRIBUTION DE L'ASSOCIATION
LIBANAISE DE SOCIOLOGIE A LA POLEMIQUE SUR LE TERRORISME
L'opération du 11 septembre 2001 et la cascade
d'événements politiques et militaires
qui ont suivi, accompagnée du débat sur
le terrorisme et le soi- disant clash des civilisations,
impliquent, à notre sens, les sociologues libanais
dans un devoir politique et moral d'intervention distincte
en vue de comprendre, analyser et expliquer ce phénomène
qui est loin d'être contingent et limité.
L'Association Libanaise de Sociologie qui regroupe des
chercheurs et des enseignants libanais dans les différentes
universités du pays, se sent fortement concernée
par l'ouverture d'un débat pluridisciplinaire
pour discuter, échanger, communiquer des réflexions
dans un contexte socio-culturel spécifique. Un
débat que notre Association propose sa tenue
à Beyrouth en partenariat avec une organisation
non gouvernementale ou internationale. Enracinés
dans le contexte libanais dans lequel les cultures sont
en état de porosité continue, notre sentiment
de forte implication est, depuis longtemps, dû
à de multiples raisons :
1. La vision réductrice et extrémiste
du débat ou du conflit, soutenue toujours par
des oligarchies locales ou par des puissances hégémoniques,
ne laisse aucune place à "une troisième
voie" ou à une troisième option qu'on
pourrait dénommer "civile". Pour cela,
cette même vision raciste nous préoccupe
aux plus hauts degrés. Dans le pays de convivialité
islamo-chrétinne, la société libanaise
a autant souffert de ce genre de vision que des conflits
politiques, culturels ou sociaux entraînant des
guerres dont notre pays était le terrain. Partant
du principe de condamnation du terrorisme perpétré
contre la société ou contre des citoyens
n'ayant aucune attache militaire, l'Association Libanaise
de Sociologie ne peut que prendre acte du fait que les
groupes marginalisés et les jeunes désespérés,
harcelés et humiliés, ne leur reste comme
moyens de réaction que de spiritualiser le sacrifice
de leur vie. Cette réaction est aux yeux des
uns,des actes de résistance ou de "jihad",
et aux yeux des
autres, des actes de terrorisme. Ainsi, nous récusons
la conception de la lutte contre le terrorisme qui impliquerait
un "Occident chrétien" et un "Orient
musulman", sans d'ailleurs savoir où "caser"
dans cet antagonisme les millions de Chrétiens
d'Orient aussi bien que les millions de Musulmans d'Occident.
2. Un pays comme le Liban, qui a connu sur son sol,
tout au long des trois dernières décennies,
aussi bien la résistance contre l'occupation
que des actes de terrorisme perpétrés
par des miliciens, est le plus habilité à
savoir faire la différenciation entre les deux
phénomènes. Par conséquent, nous
croyons que l'espace libanais peut être, par excellence,
le lieu où seraient menées des recherches
et des débats objectifs à propos de cette
question.
3. Nous insistons au sein de l'Association sur l'aspect
"à long terme" et "stratégique"
de l'approche du phénomène terroriste.
Nous insistons aussi sur le fait que l'aspect policier
et sécuritaire peut contenir le terrorisme, mais
ne constitue, en aucun cas, une ébauche de solution.
Dans notre région, nous pensons que la politique
partiale et discriminatoire surtout au niveau du conflit
israelo-arabe, soutenue par les grandes puissances,
conduit à perpétuer les conflits armés,
à gaspiller les ressources et à susciter
les rancurs, les déceptions, les désespoirs
et les ressentiments d'injustice. C.à.d. la motivation
psychique de la spiritualisation du passage à
l'acte violent.
Cela dit, l'Association Libanaise de Sociologie estime
que la marginalisation socio-économique, culturelle
et politique, engendrée par les rapports Nord-
Sud, crée un environnement social où émergent,
bon gré, malgré, des acteurs de la violence,
résistants ou " martyrs mystiques "
au regard de leurs frères,
" Terroristes " au regard des pouvoirs et
des services de sécurité, des occupants
ou des tenants de la "globalisation sauvage"
dans sa forme la plus perverse.
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