6- La méthodologie Structuro-globale
audio-visuelle (SGAV)
Suite à la seconde guerre mondiale et à la décolonisation,
la France se trouve obligée de lutter contre l'expansion de
l'anglo-américain comme langue de communication internationale
et cherche à retrouver son rayonnement culturel et linguistique
et cela dès le début des années 50. Des équipes
de recherches, constituées de linguistes, de littéraires
et de pédagogues, s’activent en France et à l’étranger
pour trouver les meilleurs outils pour diffuser le FLE. Le plan de
travail est fignolé par le ministère de l’Education
qui en fait une affaire d’état. L’objectif à atteindre
est la facilitation de l’apprentissage et la diffusion générale
de la langue.
En 1954 les résultats des études lexicales sont publiés
par le C.R.E.D.I.F. (Centre de Recherche
et d'Étude pour la Diffusion
du Français) en deux listes:
- Un français fondamental premier degré constitué de
1475 mots,
- Un français fondamental second degré comprenant
1609 mots.
Le français fondamental est considéré comme
une base indispensable pour une première étape d’apprentissage
du FLE pour des élèves en situation scolaire. Il désire
leur proposer une acquisition progressive et rationnelle de la langue
qui devrait leur permettre de mieux la maîtriser.
Le français fondamental a été l’objet
de beaucoup de critiques surtout d’ordre linguistique : pour
certains, c’était un crime contre l’intégrité de
la langue française, pour d’autres, il devait être
actualisé car certains dialogues “fabriqués” présentaient
une langue peu vraisemblable, il devait également tenir en compte
les besoins langagiers et les motivations réelles du public
visé. C’est ce que prétendra faire plus tard le
CREDIF avec un Niveau Seuil.
C’est au milieu des années 1950 que P. Guberina de l’Université de
Zagreb donne les premières formulations théoriques de
la méthode SGAV (structuro-globale audio-visuelle).
La méthodologie audiovisuelle (MAV) domine en France dans les
années 1960-1970 et le premier cours élaboré suivant
cette méthode, publié par le CREDIF en 1962, est la méthode “Voix
et images de France”.
La cohérence de la méthode audiovisuelle était
construite autour de l’utilisation conjointe de l’image et
du son. Le support sonore était constitué par
des enregistrements magnétiques et le support visuel par des
images fixes.
En effet, les méthodes audiovisuelles avaient recours à la
séquence d’images pouvant être de deux types: des
images de transcodage qui traduisaient l’énoncé en
rendant visible le contenu sémantique des messages ou bien des
images situationnelles qui privilégiaient la situation d’énonciation
et les composantes non linguistiques comme les gestes, les attitudes,
les rapports affectifs, etc.
La MAV se situait dans le prolongement de la méthodologie
directe tout en essayant de donner des solutions aux problèmes
auxquels s’étaient heurtés les méthodologues
directs. Les didacticiens français ont également reconnu
l’influence décisive américaine dans les débuts
de l’élaboration de la MAV française, cependant
c’est Chomsky qui influencera la suite de son élaboration
et son utilisation.
La méthodologie SGAV repose sur le triangle
: situation de communication/ dialogue/ image.
Dans la méthodologie audiovisuelle, les quatre habiletés étaient
visées, bien qu’on accordât la priorité à l’oral
sur l’écrit. La MAV prend aussi en compte l’expression
des sentiments et des émotions, non considérés
auparavant.
Sur le plan de l’apprentissage, la MAV suivait la théorie
de la Gestalt, qui préconisait la perception globale de la forme,
l’intégration par le cerveau, dans un tout, des différents éléments
perçus par les sens. Dans le cas des langues, l’apprentissage
passerait par l’oreille et la vue. La langue étant considérée
comme un ensemble acoustico-visuel, la grammaire, les clichés,
la situation et le contexte linguistique avaient pour but de faciliter
l’intégration cérébrale des stimuli extérieurs.
Cette méthode s’appliquera aussi bien à l’enseignement
du lexique (sans recourir à la traduction en langue maternelle) qu’à l’enseignement
grammatical (sans l’intermédiaire de la règle,
l’apprenant saisit les règles de manière intuitive).
La méthode audiovisuelle s’appuie sur un document de base
dialogué conçu pour présenter le vocabulaire et
les structures à étudier.
La méthodologie Structuro-globale-audiovisuelle est pour beaucoup
plus proche de la méthodologie directe européenne que
de l’audio-orale américaine et présenterait également
des affinités avec la méthode situationnelle anglaise.
En ce sens la SGAV aurait le mérite de tenir compte du contexte
social d’utilisation d’une langue et permettrait d’apprendre
assez vite à communiquer oralement avec des natifs de langues étrangères,
mais n’offrirait pas la possibilité de comprendre des
natifs parlant entre eux ni les médias.
La méthodologie S.G.A.V. exige la mise en place d'un dispositif
lourd d'enseignement qui comporte des formations spécifiques
aux enseignants par le biais de stages, des coûts matériels
importants de mise en place (magnétophone/ laboratoire de langue...),
et des dispositifs d'enseignement contraignants : nombre réduit
d'apprenants/ enseignement hebdomadaire intensif/ formation sur une
longue durée (2 à 3 ans).
